Depuis plus de sept décennies, une bombe aérosol bleue et rouge trône dans les garages, les cuisines et les ateliers du monde entier. Derrière son nom énigmatique et sa formule jalousement gardée, ce dégrippant légendaire a conquis des millions d’utilisateurs. Son histoire débute dans un laboratoire californien, où personne n’imaginait alors créer un best-seller planétaire.
Une naissance dans l’industrie aérospatiale
L’aventure commence en 1953 à San Diego, au cœur d’un laboratoire de recherche spécialisé. L’objectif était alors de concevoir des solvants capables de protéger les pièces de fusées contre la corrosion et de repousser l’humidité.
Après de nombreux essais infructueux, la quarantième tentative se révèle être la bonne. C’est ainsi que naît le nom : “Water Displacement, 40th attempt”, littéralement déplacement de l’eau, quarantième essai. Cette appellation technique n’a jamais été modifiée.
Quand les ouvriers deviennent les premiers fans
Le produit s’avère si efficace que les employés commencent à en dérober des quantités pour leurs besoins personnels. Face à cet engouement inattendu, la direction prend une décision stratégique.
En 1958, la société lance la commercialisation grand public en conditionnant la formule dans des bombes aérosol. Le succès est immédiat et ne se démentira jamais.
Un empire resté indépendant malgré les années
Contrairement à de nombreuses success stories, la société WD-40 n’a jamais été absorbée par un géant de l’industrie chimique. Entrée en bourse en 1973, elle a même racheté d’autres marques comme l’huile 3 en 1.
Aujourd’hui encore, la version aérosol classique demeure le produit phare. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : quatre foyers américains sur cinq possèdent une bombe de ce dégrippant iconique.
Une recette aussi secrète que le Coca-Cola
La composition exacte relève du secret commercial le mieux gardé de l’industrie. Aucun brevet n’a jamais été déposé, une stratégie délibérée pour préserver la formule originale.
Les ingrédients principaux révélés
On sait néanmoins que le produit contient entre 45 et 50% de kérosène simple, accompagné d’un peu moins de 35% d’huile de pétrole. Le reste constitue un mélange mystérieux d’hydrocarbures pétroliers.
Chaque bombe renferme également 2 à 3% de dioxyde de carbone servant de propulseur. Les tentatives de copie n’ont jamais égalé le succès de l’original.
Des usages officiels bien définis
Officiellement, ce produit excelle dans trois domaines principaux : la prévention de la rouille, le dégrippage des mécanismes bloqués et la protection des surfaces métalliques.
Les mécaniciens et bricoleurs l’apprécient particulièrement pour desserrer les vis et boulons corrodés, ainsi que pour nettoyer et protéger l’outillage rouillé. Attention toutefois : ce n’est pas un lubrifiant longue durée, l’huile 3 en 1 restant préférable pour cette fonction.
Plus de 2000 utilisations détournées
Au fil des décennies, les utilisateurs ont découvert une multitude d’applications alternatives, transformant ce dégrippant en couteau suisse domestique.
Dans la salle de bain
Le produit élimine les marques d’eau sur les miroirs, nettoie les baignoires en fibre de verre et protège les pommes de douche de la corrosion. Il fait également briller les portes de douche et lubrifie leurs galets.
À la cuisine
Il huile les coulisses de tiroirs, débloque les boutons coincés des cuisinières et élimine les taches de thé sur les plans de travail. Les éviers en aluminium retrouvent leur brillance après son application.
Pour la voiture
Grâce à sa teneur en kérosène, il dissout efficacement le goudron collé sur le châssis. Il nettoie aussi les insectes morts sur la calandre, fait briller les chromes et dégèle les portières en hiver.
Au jardin
Les outils de jardinage retrouvent leur éclat, la neige ne colle plus à la pelle et les mécanismes des tondeuses à gazon fonctionnent sans accroc. Les meubles d’extérieur résistent mieux aux intempéries.
Pour les loisirs
Chaînes de vélos, clubs de golf, cordes de guitare, boules de bowling : la liste des équipements sportifs et musicaux compatibles semble infinie. Il nettoie même les pièces de Lego coincées après un lavage approprié.
Les utilisations formellement déconseillées
Malgré sa polyvalence légendaire, certains usages doivent être absolument évités pour ne pas causer de dégâts irréversibles.
Jamais dans les serrures
L’application dans une serrure grippée représente une erreur fréquente. Le produit attire la poussière et détériore progressivement le mécanisme. La poudre de graphite constitue l’alternative recommandée.
Attention aux matières sensibles
Les pièces en caoutchouc ou en plastique risquent de fondre au contact de cette formule à base de pétrole. Les claviers d’ordinateur subissent des dommages importants, les touches se dégradant rapidement.
Danger d’inflammabilité
Le produit étant hautement inflammable, son utilisation comme liquide à briquet présente des risques majeurs d’accident. Les enfants ne doivent en aucun cas le manipuler.
Des précautions indispensables
La société productrice rappelle que seules les utilisations antirouille et dégrippantes sont officiellement validées. Les milliers d’autres applications relèvent de l’expérimentation personnelle.
Avant tout usage non conventionnel, il convient de tester sur une petite surface pour vérifier la compatibilité avec le matériau. La prudence reste de mise face à ce concentré de puissance chimique.

