L’inquiétude grandissante de familles face à un possible surrisque de cancers infantiles a conduit les autorités à mener une vaste opération de contrôle. Au cœur de cette affaire, un pesticide pourtant banni de l’agriculture française depuis plusieurs années, dont les traces ont été retrouvées dans l’organisme de dizaines d’enfants.
Des analyses révélatrices dans l’organisme d’enfants
En 2024, 72 garçons et filles de Charente-Maritime ont fait l’objet de tests approfondis. Leurs parents, préoccupés par les risques sanitaires, ont fait analyser urines et cheveux de leurs enfants.
Les résultats ont confirmé leurs craintes : la présence d’acétamipride, un néonicotinoïde, a été détectée. Ce pesticide fait pourtant l’objet d’une interdiction formelle dans l’agriculture depuis 2018.
Laurence Huc, toxicologue, a expliqué à la cellule investigation de Radio France : “Les enfants qui vivent le plus près des zones agricoles avaient des niveaux très élevés d’acétamipride. Après avoir étudié plusieurs pistes, on a maintenu l’hypothèse que cette imprégnation était due à un usage récent à des fins agricoles”.
Une opération de grande ampleur dans la plaine d’Aunis
Le mardi 31 mars, dès 6h45 du matin, une quarantaine de gendarmes ont lancé une série de perquisitions. L’opération a visé une dizaine d’exploitations situées dans la plaine d’Aunis, secteur emblématique de la production intensive de céréales.
Les militaires ont procédé à des fouilles minutieuses, saisi des bidons suspects et effectué des prélèvements de sols. Le parquet de La Rochelle a confirmé la finalité de cette intervention : rechercher des preuves concrètes de l’utilisation de produits phytosanitaires prohibés.
À ce stade, le bilan de l’opération n’a pas été communiqué par les autorités.
La défense des agriculteurs
Interrogé par Radio France, Cédric Tranquard, président de la commission environnement de la FNSEA, a fermement contesté les accusations : “Il n’y a pas eu d’utilisation agricole”. “La preuve, il n’y a jamais eu ni produit, ni épandage trouvé ici”.
Cette position défensive intervient alors que deux associations environnementales ont déposé plainte un an après les analyses, alertant sur l’usage possible d’une substance interdite.
Un plan de surveillance étendu jusqu’en 2028
Parallèlement aux perquisitions, la préfecture de Charente-Maritime a mis en place une campagne de tests. Ces contrôles porteront sur les sols, l’air et l’eau et s’étaleront jusqu’en 2028.
L’acétamipride, un insecticide controversé
Ce produit chimique appartient à la famille des néonicotinoïdes. Les agriculteurs l’utilisaient notamment pour lutter contre les insectes ravageurs dans diverses cultures : betteraves à sucre, noisettes, cerises ou pommes.
Son mode d’action cible le système nerveux des insectes. La législation française en interdit la détention et l’utilisation depuis 2018.
Une potentielle réintroduction en débat
Début 2026, le sénateur LR Laurent Duplomb a déposé un nouveau projet de loi. Ce texte viserait à réintroduire l’acétamipride pour certaines cultures spécifiques.
L’Agence européenne pour la sécurité alimentaire a pour sa part homologué ce produit jusqu’en 2033, créant un décalage avec la réglementation française actuelle.

