Des millions de personnes à travers le monde prennent quotidiennement des antidouleurs pour soulager leurs souffrances chroniques. Mais certains traitements largement prescrits pourraient avoir des conséquences insoupçonnées sur le cerveau. Une récente recherche scientifique met en lumière des liens préoccupants entre un médicament très utilisé et l’apparition de troubles de la mémoire.
La gabapentine au cœur d’une étude inquiétante
La gabapentine, commercialisée sous le nom de Neurontin, fait l’objet d’une surveillance accrue depuis la publication d’une étude majeure le 10 juillet 2025 dans la revue Regional Anesthesia and Pain Medicine. Ce médicament, initialement développé pour traiter les crises d’épilepsie et les douleurs neuropathiques, est aujourd’hui fréquemment prescrit pour des affections comme la lombalgie chronique, bien au-delà de ses indications officielles.
Les chercheurs ont exploité la base de données TriNetX pour analyser le parcours médical de plus de 52 000 adultes souffrant de douleurs lombaires persistantes, suivis pendant une décennie entière.
Des résultats alarmants chez les utilisateurs réguliers
L’analyse comparative de deux groupes de 26 416 patients chacun révèle des chiffres particulièrement préoccupants. Les personnes ayant reçu au moins six prescriptions de gabapentine présentent une incidence significativement plus élevée de problèmes neurologiques.
Une augmentation spectaculaire des diagnostics
Les données montrent que ces patients cumulent 29 % de diagnostics de démence supplémentaires par rapport au groupe témoin. Plus inquiétant encore, les troubles cognitifs légers explosent avec une hausse de 85 % des cas diagnostiqués.
Le risque s’intensifie avec la durée d’exposition : les patients ayant reçu plus de douze prescriptions affichent des taux d’incidence encore plus élevés. Les adultes âgés de 35 à 64 ans apparaissent comme la population la plus vulnérable face à ces effets indésirables.
Un médicament déjà sous surveillance
Cette molécule n’en est pas à sa première alerte sanitaire. Dès 2019, l’agence américaine du médicament FDA avait lancé un avertissement concernant des risques de problèmes respiratoires graves, particulièrement lorsque la gabapentine est associée à des opioïdes ou d’autres substances déprimant le système nerveux central.
Les effets secondaires connus incluent déjà la somnolence, les vertiges, les troubles de la coordination et des difficultés de concentration, autant de signaux qui auraient pu alerter sur son impact cognitif potentiel.
Prudence et nuance dans l’interprétation
Il convient toutefois de rappeler que cette recherche reste de nature observationnelle. Elle ne démontre pas formellement un lien de cause à effet direct entre la prise du médicament et l’apparition de troubles cognitifs.
Leah Mursaleen nuance ainsi les conclusions : “Pour l’instant, il n’y a pas assez de preuves pour suggérer que les médicaments contre la douleur sont liés à un risque plus élevé de démence, mais ces travaux nous donnent des éléments intéressants.”
Que faire si vous prenez de la gabapentine ?
Ne jamais interrompre brutalement le traitement
Les spécialistes insistent sur un point crucial : ne jamais arrêter seul la prise de gabapentine. Un sevrage brutal pourrait entraîner des complications graves, notamment chez les patients épileptiques.
Ouvrir le dialogue avec son médecin
En cas d’apparition de nouveaux troubles de la mémoire ou de difficultés de concentration, une consultation médicale s’impose rapidement. Les patients sont encouragés à discuter avec leur praticien des raisons précises de la prescription, de la durée prévue du traitement et des doses administrées.
Cette démarche permettra d’évaluer le rapport bénéfice-risque individuellement et d’envisager, si nécessaire, des alternatives thérapeutiques moins préoccupantes pour la santé cognitive.

