La Colombie se retrouve à nouveau confrontée à une décision judiciaire qui bouleverse sa stratégie de lutte contre les narcotrafiquants. Alors que le gouvernement mise sur les pulvérisations aériennes pour éradiquer les plantations illicites, la justice vient de mettre un coup d’arrêt à cette méthode controversée. Une décision qui ravive les tensions entre efficacité répressive et protection sanitaire.
La justice bloque l’épandage de produits chimiques en Amazonie
Un magistrat colombien a ordonné l’arrêt immédiat des essais de pulvérisation de glufosinate-ammonium sur les champs de coca. Cette décision concerne directement les opérations que le président Abelardo de la Espriella envisageait de mener en Amazonie colombienne.
Les tests devaient s’inscrire dans le cadre d’une offensive contre les groupes armés et les réseaux de trafic de stupéfiants. Toutefois, aucun calendrier précis n’avait été dévoilé publiquement avant cette suspension.
Des risques sanitaires insuffisamment documentés
Le juge a fondé sa décision sur l’absence d’informations publiques suffisantes concernant les dangers potentiels pour les populations et l’environnement dans la région du Putumayo. Cette zone amazonienne abrite des écosystèmes fragiles et des communautés particulièrement vulnérables.
L’Organisation mondiale de la santé avait pourtant évalué que le glufosinate-ammonium représente un risque modéré pour la santé humaine. Un niveau d’alerte qui n’a pas suffi à rassurer les autorités judiciaires.
Le précédent du glyphosate
Cette affaire ravive le souvenir de la suspension des fumigations au glyphosate en 2015. Cette interdiction avait été prononcée après que l’OMS ait classé ce produit comme “probablement cancérogène”.
Une opposition ancrée dans les territoires
La décision judiciaire résonne particulièrement auprès des communautés paysannes, afro-colombiennes et indigènes. Ces populations ont manifesté leur mécontentement face aux méthodes de pulvérisation massive.
Jonathan Meneses, directeur de la fondation “Tiempo de Cambios”, s’est fermement opposé au recours intensif à ces substances chimiques. Son organisation défend une approche alternative de la lutte antidrogue.
La Colombie face à l’ampleur du narcotrafic
Depuis l’arrivée au pouvoir d’Abelardo de la Espriella, le pays a intégré l’alliance antidrogue baptisée “Bouclier des Amériques”. Cette coalition vise à coordonner les efforts régionaux contre les cartels.
Selon un rapport des Nations unies, la Colombie compte actuellement 261.000 hectares de plantations de coca. Ces cultures alimentent des filières criminelles qui inondent principalement les marchés américain et européen.
Les revenus générés par ce trafic permettent le financement de multiples groupes armés illégaux qui déstabilisent plusieurs régions du pays. Cette réalité explique la volonté gouvernementale de recourir à des méthodes radicales d’éradication.

