Image default
Finances

Flambée des prix à la pompe : le gouvernement sort l’artillerie lourde

La flambée des prix à la pompe continue de frapper les portefeuilles français. Alors que le gazole atteint des sommets et que les stations-service peinent à maintenir leurs approvisionnements, le gouvernement s’apprête à dévoiler son plan de bataille. Face à cette crise énergétique qui touche de plein fouet les professionnels et les ménages, l’exécutif promet des dispositifs d’urgence pour soulager les Français contraints de prendre leur véhicule quotidiennement.

Un plan d’urgence présenté ce mardi à Bercy

Six ministres tiendront une conférence de presse demain à 17 heures pour dévoiler les nouveaux dispositifs d’aide et de soutien. Maud Bregeon, Roland Lescure, David Amiel, Stéphanie Rist, Catherine Chabaud et Serge Papin présenteront les mesures gouvernementales.

En amont, deux réunions cruciales se dérouleront à Matignon. La première, fixée à 11 heures, se concentrera sur l’approvisionnement en carburants avec les directeurs d’administrations centrales. La seconde, prévue à 15h30, abordera l’accompagnement des Français face à l’explosion des tarifs.

Des aides reconduites et élargies pour les automobilistes

« Nous travaillons à de nouvelles aides pour les Français qui n’ont pas d’autre choix que de prendre leur voiture pour aller travailler. Ce sera fait dans les prochains jours », a annoncé Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement et ministre de l’Énergie.

Roland Lescure, ministre de l’Économie, a précisé sa position : « Je vais plaider que celles et ceux qui ont eu l’aide puissent en avoir une nouvelle aide de manière automatique ». Les gros rouleurs pourraient ainsi bénéficier d’un dispositif prolongé.

Jean-Pierre Farandou a confirmé que le gouvernement « va finaliser des mesures qui vont être proposées aux Français pour aller jusqu’à la fin de l’année » et que « les mesures ciblées vont rester ».

Pas de baisse de taxes à l’horizon

Roland Lescure a cependant fermé la porte à toute réduction fiscale : « il n’y aura pas de baisse de taxes » sur le carburant. Le ministre justifie cette position par la nécessité d’équilibre budgétaire : « Si on baisse les impôts, il faudra en trouver ailleurs ».

Le chèque énergie reconduit pour 4,2 millions de ménages

Du côté de l’énergie domestique, le gouvernement reconduira en 2027 le chèque énergie destiné aux foyers modestes. Cette aide, comprise entre 150 et 270 euros, « permettra notamment d’alléger cette facture », selon les autorités.

Maud Bregeon a souligné l’ampleur de l’effort consenti : « L’ensemble des aides, c’est 1,4 milliard d’euros depuis le début de l’année. On doit trouver l’équilibre entre aider les Français et l’équilibre budgétaire ». La ministre a ajouté : « On travaille à une logique globale sur l’ensemble de l’hiver ».

Le gaz en hausse malgré des stocks sécurisés

Le prix de référence du gaz augmentera de 6,3% le 1er octobre, après une hausse de 5,6% en août. Néanmoins, l’approvisionnement pour l’hiver semble assuré, écartant le risque de pénuries.

« On sécurise nos stocks pour l’hiver (…) pour éviter tout risque d’approvisionnement », a rassuré Maud Bregeon, tout en pointant l’impact de la situation géopolitique : « ce qui se passe au Moyen-Orient (…) impacte directement les prix ».

Une pénurie qui s’aggrave dans les stations-service

Dimanche, le gazole atteignait 2,41 euros en moyenne en France, tandis que le SP95-E10 s’approchait des 2,20 euros. À 13 heures, 15,81% des stations sur le territoire se trouvaient en difficulté, tous les carburants habituels étant indisponibles.

Le SP95 est le carburant le plus touché par les ruptures. Roland Lescure a indiqué que 17% des stations manquent d’au moins un produit, principalement les enseignes Total qui plafonnent les prix.

L’Alsace particulièrement touchée

La région alsacienne concentre les plus grandes difficultés avec plus d’une pompe sur quatre en situation critique. Philippe Casbas, patron de l’Ufip, « réfute toute idée de surmarges » de la profession et défend des aides ciblées.

Découvrez aussi :  Mutuelle santé : allégez votre imposition grâce à ce mécanisme fiscal méconnu

Concernant l’approvisionnement en pétrole, Roland Lescure se veut rassurant : « pour les deux mois qui viennent, il n’y a pas d’inquiétudes » en France, malgré la baisse des stocks mondiaux depuis le début du conflit au Moyen-Orient.

Les pêcheurs en quête de solutions durables

Catherine Chabaud, ministre déléguée à la Mer et à la Pêche, a promis d’« accélérer » pour « trouver des solutions pour aider les pêcheurs », au-delà de la simple question des carburants. Elle travaille à la construction d’un plan de sauvegarde de la pêche en Méditerranée.

Mardi, la ministre se rendra à Bruxelles pour rencontrer le commissaire européen à la Pêche, Kostas Kadis. Elle compte « lui dire qu’aujourd’hui », le plan West Med « n’est pas adapté et qu’il y a une urgence dans le contexte géopolitique que l’on connaît à accélérer, à trouver des solutions pour aider les pêcheurs ».

Blocage du port de Cannes et revendications

À Cannes, les pêcheurs ont bloqué le port, interrompant les liaisons vers les îles de Lérins. Le maire David Lisnard a apporté son soutien, écrivant : « Soutien total aux pêcheurs. Le problème n’est pas que dans le prix du carburant, le problème est l’absurdité des charges bureaucratiques qu’on impose désormais aux pêcheurs ».

Une banderole affichait : « La mer nous nourrit, l’État la détruit ». Selon Gilles Dubbiosi, premier prud’homme de pêche de Cannes, il s’agit d’un « mouvement pacifique » pour obtenir « des réponses concrètes réelles ».

Un pêcheur a lancé à Cannes : « On n’a pas besoin d’aide, nous, on n’est pas des mendiants, on demande à travailler, on veut du long terme. Laissez-nous le faire, laissez-nous travailler ». Les professionnels réclament un prix fixe pour le gazole et un allègement administratif.

Révision du plan West Med réclamée

Catherine Chabaud a rencontré une soixantaine de pêcheurs à Sète pour poursuivre les discussions. Bertrand Wendling, du Sathoan, a évoqué un « travail collaboratif » à mener à « moyen terme » avec « les scientifiques, les professionnels, les services de l’État » pour une « révision » du plan West Med « acceptable pour tout le monde ».

Le plan West Med, censé favoriser une pêche durable, est jugé trop restrictif par les professionnels. Ils dénoncent notamment les 100 sorties autorisées par an et les filets à mailles larges imposés.

La ministre a affirmé : « On est tous derrière eux », remerciant les pêcheurs d’avoir « levé leurs blocages » lors de sa visite à Sète puis au Grau-du-Roi. Elle attend leurs « propositions » sur les quotas, à renégocier en fin d’année.

D’autres professions également impactées

Les infirmières libérales se déplacent désormais « à perte » en raison de l’explosion des prix. L’indemnité forfaitaire de l’Assurance maladie, fixée à 2,75 euros pour les déplacements, demeure « inchangée depuis janvier 2024 ».

Ces professionnelles ne peuvent pas toujours facturer d’indemnités kilométriques si elles résident dans la même agglomération que leurs patients, alors que le gazole culmine à 2,41 euros en moyenne.

Tensions politiques autour des baisses de taxes

Gabriel Attal a vivement critiqué les « responsables politique » qui « de manière très politicienne (…) expliquent qu’on pourrait baisser toutes les taxes, baisser tous les impôts » sur les carburants.

Il a poursuivi : « Ils mentent aux Français, parce qu’on a une situation de finance publique, malheureusement, qui n’est pas celle de nos voisins et les Français le savent. À la fin, vu la situation dans laquelle on est, il y a toujours quelqu’un qui paye. Le risque serait qu’on leur donne d’une main ce qu’on viendrait leur reprendre de l’autre ».

Découvrez aussi :  Réduisez considérablement vos dépenses pour la lessive grâce à ces astuces

La proposition du RN chiffrée à 15 milliards

Maud Bregeon a dénoncé la baisse de TVA proposée par le Rassemblement national : « La baisse de la TVA proposée par le RN, c’est 15 milliards, soit plus que le budget de la justice. Ce serait créer de nouveaux impôts demain pour les Français ».

Plusieurs candidats à l’élection présidentielle, dont Marine Le Pen et Éric Ciotti, appellent pourtant à réduire la TVA sur le carburant de 20% à 5,5%. Éric Ciotti a ajouté : « L’État s’enrichit durant cette crise : il y a une forme de racket social ».

Propositions de l’opposition

Fabien Roussel, du PCF, demande une baisse des taxes sur le carburant et souhaite « des mesures rapides ». Il a également déclaré : « Si les causes de ces hausses des prix d’énergie sont les guerres, il faut faire en sorte qu’elles cessent. Je regrette le manque d’initiative diplomatique de la France ».

Raphaël Glucksmann veut « multiplier par trois le chèque énergie », le faisant passer de 150 à 500 euros, et élargir ses bénéficiaires. Le financement proviendrait d’une « taxation des super profits » de groupes comme Total. Il a accusé : « Qui bloque ? C’est le gouvernement français, qui ne veut pas heurter Monsieur Pouyanné et Total ».

Manuel Bompard, de La France insoumise, a rappelé la proposition de Jean-Luc Mélenchon de décréter « l’état d’urgence sociale », avec blocage des prix de l’essence, indexation des salaires sur l’inflation et augmentation du Smic à 1 700 euros.

Il estime le gouvernement « enfermé dans le déni » et appelle à des « mesures globales » et « de blocage des prix », demandant aux pétroliers de réduire « les marges des raffineurs ».

Appels aux blocages jugés irresponsables

Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, a qualifié les appels au blocage lancés par certains responsables politiques de « très graves, déconnectés du monde réel » et « irresponsable ».

Le ministre se dit néanmoins « très serein » quant aux appels à la manifestation, avec une vigilance accrue prévue le 17 octobre.

Pistes alternatives et transition énergétique

Jean-Pierre Farandou encourage le télétravail quand c’est possible. Il estime que c’est du « bon sens » car « si vous avez deux jours de télétravail, ça fait 40% de déplacements en moins ».

Maud Bregeon a défendu les certificats d’économie d’énergie : « Supprimer les certificats d’économie d’énergie (qui pèsent pour 15 à 20 centimes environ) serait un non-sens. C’est une contribution des énergéticiens qui sert à aider les Français à faire la transition énergétique. Cela permet d’accompagner les Français à être moins dépendants du pétrole et du gaz. Et ça marche quand on voit les ventes de voitures électriques ».

Un contexte géopolitique qui alourdit la facture

Les tensions internationales continuent de peser sur les prix. Selon Roland Lescure, depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, « les stocks du pétrole dans le monde ont baissé ».

Une nouvelle attaque a récemment visé un navire dans le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite 20% du pétrole mondial transporté par voie maritime. Deux membres d’équipage ont été légèrement blessés.

Les contraintes internationales et les tensions géopolitiques sont amenées à durer et continueront de renchérir les prix de l’énergie dans les mois à venir.

Laissez un commentaire

Postes similaires

Choc démographique : la retraite française menacée par une natalité au plus bas

Kamar

Effondrement des semi-conducteurs : la Bourse de Paris vacille

Pierre Durand

CAC 40 chute avant Paris, l’ombre de l’inflation et géopolitique plane

Pierre Durand