Pendant des décennies, la médecine a pointé du doigt le rétrécissement des grosses artères comme principal responsable de l’AVC lacunaire. Pourtant, une récente étude vient bouleverser cette certitude et ouvre la voie à une refonte complète de la prise en charge de ces accidents vasculaires cérébraux.
Un changement radical dans la compréhension de l’AVC lacunaire
Publiée dans la revue Circulation, cette recherche montre que l’AVC lacunaire serait davantage la conséquence d’une atteinte des petits vaisseaux cérébraux que d’une obstruction des artères de gros calibre. Cette découverte remet en question des années de pratique médicale.
Les implications sont majeures : prévention, suivi et traitement après un premier épisode pourraient nécessiter une réorientation stratégique. Les approches thérapeutiques actuelles ne cibleraient pas toujours le bon mécanisme.
Des données qui contredisent le modèle classique
Les chercheurs ont suivi 229 patients recrutés à Édimbourg entre 2018 et 2021, dont 131 avaient subi un AVC lacunaire récent. Chaque participant a bénéficié d’examens cliniques et d’une IRM initiale, puis d’un nouveau bilan un an plus tard.
Les résultats contredisent le schéma traditionnel. Le rétrécissement des grandes artères, pourtant considéré comme facteur déterminant, n’était pas associé à l’AVC lacunaire ni aux signes de maladie des petits vaisseaux cérébraux observés chez ces patients.
Les formes lacunaires représentent un quart des AVC
Les AVC ischémiques constituent l’immense majorité des accidents vasculaires cérébraux. Parmi eux, environ un quart sont de forme lacunaire, ce qui en fait un enjeu de santé publique considérable.
L’IRM révèle une souffrance diffuse du réseau microvasculaire
L’imagerie par résonance magnétique a mis en lumière un élément surprenant : les patients dont les petites artères cérébrales étaient plus larges et allongées présentaient environ quatre fois plus de risque d’avoir fait un AVC lacunaire.
Ces modifications anatomiques étaient liées à presque tous les marqueurs de maladie des petits vaisseaux. L’imagerie suggère ainsi une atteinte généralisée du réseau vasculaire le plus fin du cerveau.
Des traitements qui ne visent pas la bonne cible
L’aspirine, les antiplaquettaires et les statines demeurent essentiels dans la prévention générale des AVC ischémiques. Mais si le dommage principal touche les microvaisseaux, ces médicaments ne ciblent pas toujours le mécanisme réel.
Les données montrent que la prévention secondaire recommandée actuellement freine difficilement la progression des lésions associées à la maladie des petits vaisseaux. L’aspirine semble d’ailleurs moins performante contre l’AVC lacunaire que contre d’autres formes d’AVC ischémiques.
Une question de mécanisme, pas d’efficacité
« Ce n’est pas une question de bon ou mauvais médicament. C’est une question de mécanisme. Si la cause dominante n’est pas l’obstacle dans une grosse artère, le bénéfice baisse logiquement. »
Pourquoi des vaisseaux plus larges constituent un mauvais signe
Contrairement à l’intuition, une artère plus large n’est pas nécessairement en meilleure santé. Elle peut avoir perdu sa souplesse, sa tenue et sa capacité à réguler finement le débit sanguin.
Selon Joanna Wardlaw, lorsque la paroi artérielle perd ses structures de soutien, elle devient plus molle et contrôle moins bien la circulation. « Le vaisseau paraît plus large, mais il travaille moins bien. »
Plusieurs hypothèses à l’étude
Les chercheurs évoquent un possible terrain génétique commun entre l’élargissement vasculaire, l’AVC lacunaire et la maladie des petits vaisseaux cérébraux.
Autre piste : des artères allongées et dilatées pourraient imposer davantage de contraintes aux branches plus fines, perturbant ainsi le flux sanguin dans les régions profondes du cerveau.
Les AVC silencieux menacent les fonctions cognitives
Plus d’un quart des patients ont subi un AVC silencieux durant l’année suivant leur accident initial, malgré les traitements habituels. Ces petites lésions, souvent indétectables cliniquement, s’accumulent progressivement.
À long terme, elles peuvent compromettre la mémoire, la marche, l’équilibre ou la rapidité de raisonnement. La maladie des petits vaisseaux représente donc un enjeu majeur de santé cérébrale.
Une refonte du suivi après un premier AVC lacunaire
Le suivi médical pourrait évoluer profondément. Il faudrait désormais examiner plus attentivement la santé des petits vaisseaux, les anomalies visibles à l’IRM et le risque de nouvelles lésions discrètes.
Le cholestérol, la tension artérielle et les autres facteurs cardiovasculaires restent importants, mais ne suffisent pas à expliquer tous les cas. Pour certains patients, protéger le cerveau impliquera avant tout de préserver la microcirculation.
Insuffisance de l’examen des grosses artères seules
L’approche traditionnelle centrée sur les artères de gros calibre s’avère insuffisante. Le traitement futur devrait se concentrer sur l’amélioration de la fonction des microvaisseaux et une meilleure régulation de l’apport sanguin dans les zones profondes du cerveau.
L’essai LACI-3 teste deux médicaments prometteurs
Cet essai britannique vise à améliorer le fonctionnement des petits vaisseaux pour réduire les nouveaux AVC lacunaires et protéger le cerveau plus précocement. Il évalue le cilostazol et le mononitrate d’isosorbide, deux médicaments déjà utilisés dans d’autres indications.
L’étude recrute actuellement dans 38 centres au Royaume-Uni et prévoit 1300 participants suivis pendant 18 mois. Le critère principal d’évaluation est l’effet sur le déclin cognitif.
Des études complémentaires indispensables
Les premières données proviennent d’une seule ville et d’un groupe limité de patients. Des recherches plus larges, menées dans plusieurs régions et sur des profils variés, seront nécessaires.
L’objectif : identifier précisément quels patients bénéficieraient d’une approche thérapeutique centrée sur les microvaisseaux plutôt que sur les artères de gros calibre.

