Un traitement utilisé quotidiennement par des millions de diabétiques suscite un intérêt scientifique croissant bien au-delà de sa fonction première. Les recherches récentes révèlent des propriétés surprenantes qui pourraient bouleverser notre approche du vieillissement et de certaines pathologies graves.
Un antidiabétique aux multiples vertus insoupçonnées
La metformine, commercialisée sous les appellations Glucophage ou Stagid, s’impose comme l’un des traitements les plus prescrits à l’échelle mondiale. Administrée par voie orale, elle permet aux personnes atteintes de diabète de type 2 de réguler leur glycémie.
Pourtant, selon le Dr William Berrebi, gastro-entérologue et hépatologue, cette molécule recèlerait des capacités bien plus étendues. Auteur de l’ouvrage “Vivez 100 ans grâce à votre microbiote” publié aux éditions HarperCollins, ce spécialiste pratique la médecine microbiotique depuis plus d’une décennie.
Pour lui, l’efficacité de ce traitement est telle « qu’il devient nécessaire de l’envisager autrement que comme un “simple” hypoglycémiant ».
Des bénéfices démontrés sur des milliers de patients
Le praticien affirme sans détour : « La metformine est bien plus qu’un médicament contre le diabète ». Une vaste étude australienne portant sur 41 000 personnes âgées de 68 à 81 ans vient étayer cette position audacieuse.
Les résultats montrent une diminution notable des risques de démence, de maladies cardiovasculaires et de dépression. Plus impressionnant encore, la molécule réduirait le risque de cancer, avec un effet protecteur pouvant atteindre 40 % pour les cancers du poumon, du pancréas, du sein ou du côlon.
Comment la metformine agit-elle sur l’organisme ?
Les mécanismes d’action identifiés révèlent une double influence. D’une part, le traitement pourrait agir directement sur le cerveau en inhibant la neuro-inflammation, processus clé dans le développement de nombreuses pathologies neurologiques.
D’autre part, la metformine régulerait la flore intestinale en augmentant le ratio entre bonnes et mauvaises bactéries. Cette action ralentirait le déclin cognitif, préservant ainsi les capacités mentales avec l’âge.
Six années supplémentaires : les promesses de la recherche animale
Les travaux publiés en 2021 dans la revue Gut Microbes ont révélé des résultats prometteurs chez les souris. Les rongeurs ayant reçu de la metformine ont bénéficié d’un allongement de 6 % de leur durée de vie.
Une transposition à l’échelle humaine pourrait théoriquement ajouter plusieurs années d’existence. En France, où l’espérance de vie atteint 85,9 ans pour les femmes et 80,3 ans pour les hommes selon les chiffres INSEE 2025, l’enjeu est considérable.
L’écart entre les sexes s’explique notamment par un recours moins systématique des hommes à la prévention et leur exposition plus fréquente à des conditions de travail pénibles.
Une étude majeure en cours outre-Atlantique
Aux États-Unis, 3 000 participants non diabétiques âgés de 65 à 79 ans participent actuellement à une recherche de grande envergure. Ces volontaires recevront le traitement pendant six années consécutives.
L’objectif : observer si ces patients développent moins de pathologies associées au vieillissement et au déclin cognitif que la population générale. Les résultats attendus pourraient transformer radicalement les pratiques médicales.
Un fossé entre la recherche et la pratique médicale
Le Dr Berrebi évoque « un retard de la médecine généraliste » dans l’adoption de cette approche préventive. Paradoxalement, des chercheurs internationalement reconnus consomment déjà un gramme de metformine quotidiennement.
Toutefois, « il est peu probable qu’un médecin accepte de vous prescrire ce médicament dans le but de lutter contre le vieillissement ou contre d’autres maladies ». Cette réticence s’explique principalement par un manque de recul et l’attente de preuves scientifiques plus solides.
Un message d’espoir accessible à tous
Le spécialiste conclut avec optimisme : « Derrière ces chiffres, il y a des personnes de chair et de sang dont la vie a été changée grâce à la prise d’un médicament dont le coût journalier est de moins de 10 centimes d’euro. C’est un vrai message d’espoir pour de nombreux patients ».
William Berrebi se dit persuadé que cet antidiabétique se généralisera dans les prochaines années pour diminuer le risque de maladies comme le cancer, Alzheimer, ou pour lutter contre le vieillissement.

