L’agence de notation américaine Moody’s vient de rendre son verdict sur la santé financière de l’Hexagone. Si la note Aa3 est maintenue, l’agence émet de sérieuses réserves sur la capacité du pays à redresser ses comptes publics à moyen terme. Entre fragmentation politique et perspectives économiques incertaines, la France navigue en eaux troubles.
Un maintien de note qui cache des inquiétudes persistantes
Moody’s confirme la notation Aa3 de la France, considérée comme un indicateur de bonne qualité. Cette évaluation reste néanmoins supérieure à celle attribuée par Fitch et Standard & Poor’s, qui placent l’économie française à A+.
L’agence américaine salue notamment le rapprochement budgétaire entre la gauche modérée et le centre droit. Cet accord constitue un signal positif dans un contexte de forte division politique.
Des chiffres du déficit légèrement révisés à la baisse
Pour 2025, Moody’s anticipe un déficit public de 5,1% du PIB, en dessous de la prévision initiale établie à 5,4%. L’année suivante, le déficit budgétaire devrait s’établir à 5%, contre une estimation antérieure de 5,2% du PIB.
Ces ajustements, bien que modestes, témoignent d’une trajectoire budgétaire légèrement plus maîtrisée que prévu initialement.
Les zones d’ombre qui préoccupent les analystes
Au-delà de ces indicateurs encourageants, l’agence de notation pointe plusieurs facteurs de risque majeurs. Le manque de lisibilité sur les mesures de réduction du déficit après 2026 suscite particulièrement l’inquiétude.
La fragmentation politique, un obstacle structurel
Moody’s redoute que le morcellement du paysage politique français ne paralyse les institutions législatives. Cette situation pourrait compromettre l’adoption de réformes structurelles indispensables.
L’agence craint également que la hausse des coûts d’emprunt, amplifiée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, ne dégrade les capacités de remboursement de la dette publique.
Une croissance atone et une inflation contenue
Les prévisions économiques de Moody’s pour 2026 dessinent un horizon peu dynamique. La croissance ne devrait pas excéder 1%, confirmant l’atonie de l’activité économique française.
L’inflation, en revanche, resterait sous contrôle avec un taux de 1,4% en 2026, après 1,0% en 2025. Ces chiffres suggèrent un retour progressif à la stabilité des prix.
La Banque de France affiche un optimisme mesuré
De son côté, la Banque de France table sur une croissance de 0,9% pour l’année en cours. Son gouverneur, François Villeroy de Galhau, se montre relativement optimiste malgré les défis à relever.
Réactions politiques et anticipations des experts
Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a simplement indiqué avoir pris note de la décision de Moody’s, sans commentaire approfondi sur les implications de cette évaluation.
Dans les milieux économiques, les observateurs s’attendent à ce que la question de l’instabilité politique revienne sur le devant de la scène lors de la préparation du budget 2027. Plusieurs économistes anticipent même une possible dégradation de la note avant l’élection présidentielle.
Un statu quo temporaire avant l’échéance de 2027
Xavier Ragot, président de l’OFCE, privilégie quant à lui l’hypothèse d’une stabilité de la notation. Selon lui, les élections présidentielles permettront de clarifier le débat économique et de dessiner une trajectoire budgétaire plus lisible.
La France se trouve ainsi dans une période d’observation, où chaque décision budgétaire et chaque évolution politique seront scrutées de près par les marchés et les agences de notation.

