Le dossier judiciaire lié au décès tragique de Nahel Merzouk connaît un nouveau rebondissement majeur. Après des mois de procédures contradictoires, la plus haute juridiction française vient de trancher sur la qualification des faits reprochés au fonctionnaire de police impliqué. Cette décision relance le débat sur la nature des poursuites à engager.
Un revirement judiciaire majeur validé par la Cour de cassation
Mercredi dernier, la Cour de cassation a rendu une décision déterminante dans cette affaire qui avait provoqué de violentes émeutes en 2023. L’institution a purement et simplement annulé la requalification des faits concernant Florian M., le policier auteur du tir mortel.
La juridiction suprême a admis le pourvoi formé par le parquet général, estimant que la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Versailles n’avait pas suffisamment motivé sa décision de modifier la qualification initiale.
Les arguments qui ont convaincu la haute juridiction
Dans son arrêt, la Cour de cassation a relevé plusieurs éléments factuels troublants. Elle a souligné que le fonctionnaire avait “fait volontairement usage de son arme à feu de calibre 9 mm, à une courte distance de la victime, visée dans une zone considérée comme vitale, et que l’intéressé avait nécessairement conscience du risque létal de son acte”.
Pour la haute juridiction, la cour d’appel ne pouvait écarter toute intention homicide face à ces éléments matériels. La Cour de cassation, dont le rôle se limite à juger “le seul respect du droit et non le fond des dossiers”, a estimé que cette appréciation était juridiquement défaillante.
Retour sur les faits du 27 juin 2023
Nahel Merzouk, un adolescent de 17 ans, avait perdu la vie lors d’un contrôle routier à Nanterre. Le jeune homme avait été atteint par une balle tirée à bout portant par un policier.
Ce drame avait immédiatement déclenché plusieurs jours de violences urbaines dans de nombreuses villes françaises, révélant une profonde fracture entre certaines populations et les forces de l’ordre.
Un parcours judiciaire semé d’obstacles
L’ordonnance initiale de juin 2025
Le 3 juin 2025, deux juges d’instruction avaient décidé de renvoyer Florian M. devant la cour d’assises pour meurtre. Cette décision suivait les réquisitions formulées par le parquet de Nanterre.
La requalification contestée de mars
Face à l’appel formé par le policier, la cour d’appel de Versailles avait pris une direction opposée en mars dernier. Elle avait requalifié les poursuites en “violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner”, une qualification nettement moins sévère.
Cette même juridiction avait par ailleurs confirmé le non-lieu concernant le second policier présent durant l’intervention, décision validée cette fois par la Cour de cassation.
Quelles perspectives pour la suite de la procédure ?
L’affaire est désormais renvoyée devant la cour d’appel de Versailles qui devra statuer à nouveau. Cette fois, elle devra déterminer la qualification exacte des faits en tenant compte des observations formulées par la Cour de cassation.
La voie vers un procès pour meurtre de Florian M. se trouve ainsi réouverte. Toutefois, quelle que soit la décision à venir, elle pourrait encore faire l’objet de nouveaux recours, prolongeant ainsi une procédure déjà longue et complexe.
Le collectif Justice pour Nahel salue cette décision
Dans un communiqué transmis à l’AFP, le collectif Justice pour Nahel a exprimé sa satisfaction. “Grâce à la mobilisation et au travail rigoureux des avocats, ce dossier a pu avancer et la justice a pu casser l’arrêt de Versailles”, peut-on y lire.
Le collectif estime que cette décision “reconnaît clairement la réalité de l’intention de tuer et impose une requalification juste des faits”. De son côté, Me Laurent-Franck Liénard, avocat du policier, n’a pas pu être joint dans l’immédiat pour réagir à cet arrêt.

