Le secteur immobilier français se trouve sous surveillance accrue. Face à l’augmentation constante des risques de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme, les autorités multiplient les inspections et durcissent les sanctions. Les professionnels de l’immobilier doivent désormais faire face à des exigences renforcées en matière de vigilance.
Une montée en puissance spectaculaire des inspections
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes a considérablement renforcé son dispositif de surveillance. En l’espace de trois ans, le nombre d’établissements contrôlés a bondi de manière significative.
En 2022, 296 professionnels avaient été inspectés. Ce chiffre a grimpé à plus de 400 en 2024, avant d’atteindre 440 agences ciblées en 2025. Résultat préoccupant : plus de la moitié des structures visitées présentent des anomalies en matière de lutte contre le blanchiment.
Des manquements récurrents dans les pratiques professionnelles
Les inspections révèlent des failles importantes dans l’application des règles. Parmi les défaillances les plus fréquemment constatées, l’identification et l’évaluation des risques représentent 22 % des manquements observés.
Le recueil d’informations sur le client et la vérification de l’identité du bénéficiaire effectif constituent chacun 20 % des infractions relevées. Le défaut de formation des équipes compte pour 15 % des problèmes identifiés.
Conservation des documents : une obligation stricte
La réglementation impose aux professionnels de conserver l’ensemble des pièces pendant cinq années complètes après la fin de la relation commerciale. Cette obligation constitue un point de contrôle systématique lors des inspections.
Un dispositif de sanctions qui se renforce
L’année 2024 a marqué un tournant dans la répression des manquements. 71 professionnels ont été sanctionnés, avec un montant moyen des amendes pécuniaires s’élevant à 9 588 euros.
En 2026, une agence située à Colmar a notamment été sanctionnée financièrement pour diverses défaillances dans l’application des règles anti-blanchiment. Ces exemples illustrent la volonté des autorités de renforcer le caractère dissuasif des pénalités.
Des méthodes d’investigation renforcées
Les enquêteurs procèdent par visites inopinées dans les établissements. Ces opérations s’étalent généralement sur une journée entière, permettant l’examen approfondi de plusieurs dossiers clients.
L’enquête de vérification exige une identification précise des clients, accompagnée d’une analyse rigoureuse du bénéficiaire effectif et de l’origine des fonds engagés dans les transactions.
Une stratégie d’action à moyen terme
Le plan d’action déployé pour la période 2025-2027 s’articule autour de trois axes majeurs. Il vise à améliorer les méthodes d’enquête, à cibler prioritairement les professionnels les plus exposés aux risques, et à renforcer l’exemplarité des sanctions.
Un secteur à risque élevé sous haute surveillance
Les statistiques confirment l’ampleur du phénomène. En 2025, le nombre de déclarations de soupçon a atteint 662 signalements, enregistrant une progression de 29 % sur un an. Le secteur immobilier est désormais classé à risque global élevé.
Cette classification justifie l’intensification des contrôles et la vigilance accrue des autorités. Les professionnels doivent adapter leurs procédures internes pour répondre aux exigences réglementaires croissantes.
Une harmonisation européenne en perspective
La DGCCRF participe activement aux travaux de l’AMLA, l’Autorité européenne de lutte contre le blanchiment. L’objectif est d’harmoniser les pratiques de contrôle à l’échelle européenne d’ici 2027.
Cette démarche s’inscrit dans la préparation de l’évaluation prévue par le GAFI en 2028. Le Groupe d’action financière mesurera l’efficacité du dispositif français de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme.

