Des milliers d’enfants réunionnais arrachés à leur île natale entre 1962 et 1984 vont enfin obtenir reconnaissance et réparation. Le Parlement français a adopté à l’unanimité une loi historique mettant fin à des décennies d’injustice et de silence sur ce scandale d’État.
Une déportation administrative qui a brisé des vies
Entre 1962 et 1984, 2015 mineurs ont été déplacés de La Réunion vers 83 départements ruraux de l’Hexagone. Cette opération, orchestrée par les pouvoirs publics, visait officiellement deux objectifs : gérer le doublement de la population réunionnaise et repeupler des territoires désertifiés comme la Creuse.
Mais derrière ces justifications administratives se cache une réalité autrement plus sombre. Ces enfants, souvent issus de l’Aide sociale à l’enfance, ont subi des changements d’état civil, des maltraitances et des traumatismes profonds.
La rupture avec leur terre, leur famille et leur identité a provoqué des bouleversements irréversibles. “Des parents ont attendu en vain le retour de leurs enfants”, rappelle le texte législatif.
Marie-Germaine Périgogne, un combat pour la vérité
Parmi les victimes devenues porte-parole figure Marie-Germaine Périgogne, présidente de la Fédération des enfants déracinés des Drom. Elle a découvert ses véritables origines après des années passées dans l’ignorance de son histoire.
Son parcours illustre le déni d’identité systématique infligé à ces mineurs transplantés de force.
Une reconnaissance tardive mais symbolique
Il aura fallu attendre 2017 pour qu’Emmanuel Macron qualifie cette politique de “faute” de l’État. Une première reconnaissance officielle qui a ouvert la voie à des mesures concrètes.
La députée réunionnaise Karine Lebon a porté une proposition de loi ambitieuse visant à reconnaître et réparer ce préjudice historique.
Les mesures prévues par la loi
Le texte adopté instaure plusieurs dispositifs essentiels. Une commission pour la mémoire sera créée afin de documenter et transmettre cette histoire douloureuse.
Le 18 février deviendra une journée nationale d’hommage aux victimes. Un fonds étatique versera une allocation forfaitaire aux personnes concernées, leur accordant un droit effectif à réparation.
Un vote unanime au Parlement
Le Sénat a adopté le texte à l’unanimité, suivant le vote identique de l’Assemblée nationale. Cette convergence politique rare témoigne de la gravité des faits reconnus.
La loi s’inscrit dans la lignée des précédents législatifs concernant les rapatriés d’Afrique du Nord et les harkis.
Un long chemin vers la justice
Pour Viviane Malet, sénatrice de La Réunion, ce texte représente “une nouvelle pierre mémorielle dans un long chemin de reconstruction”.
Cette loi marque une étape décisive dans la reconnaissance des responsabilités de l’État français envers ces enfants déracinés. Elle offre enfin une forme de justice à des victimes trop longtemps ignorées.

