Dix années de service peuvent-elles être balayées d’un revers de main pour des irrégularités que la hiérarchie pratiquait elle-même ? C’est la question soulevée par cette affaire espagnole qui vient de connaître un dénouement surprenant. Un employé, mis à la porte pour fraude, vient de remporter une bataille judiciaire retentissante grâce à une simple conversation sur une application de messagerie.
Une rupture brutale après une décennie de loyauté
L’histoire débute dans un commerce de la région de La Corogne, où un salarié exerce ses fonctions depuis novembre 2014. Après dix ans d’ancienneté, l’employé se voit notifier son renvoi pour manquements graves.
La direction l’accuse de plusieurs infractions : quitter régulièrement son poste cinquante minutes avant la fin de son service pour effectuer des courses personnelles, utiliser son téléphone portable durant ses heures de travail en dépit du règlement, et surtout échanger son identifiant avec un collègue pour falsifier les enregistrements horaires.
Un message qui change tout
L’affaire aurait pu s’arrêter là, mais c’était sans compter sur une découverte inattendue. Une conversation WhatsApp révèle un élément explosif : la responsable du magasin elle-même manipulait le système de pointage.
Cette preuve numérique devient la pièce maîtresse du dossier judiciaire. Elle démontre que les pratiques reprochées au salarié étaient également celles de sa supérieure hiérarchique.
L’absence de consignes formelles
Les magistrats relèvent un point crucial : aucune directive explicite n’interdisait formellement l’entraide entre collègues pour le pointage. Cette lacune dans le règlement intérieur joue en faveur de l’employé.
La justice tranche en faveur du salarié
Le Tribunal supérieur de justice de Galice (TSXG) rend son verdict. Les juges estiment que l’entreprise faisait preuve de tolérance envers ces pratiques, puisque le management lui-même y recourait.
Dans ces conditions, licencier un employé pour des agissements que la hiérarchie pratiquait apparaît comme une incohérence manifeste. Le renvoi est qualifié d’abusif.
Réintégration ou compensation financière
La décision offre au salarié un choix : retrouver son poste ou percevoir une indemnisation de 21 114,25 euros. Cette somme représente la contrepartie financière de dix années de service interrompues de manière injustifiée.
Cette affaire illustre l’importance de la cohérence entre les exigences imposées aux employés et les comportements adoptés par l’encadrement. Elle rappelle aussi que les échanges numériques peuvent constituer des preuves déterminantes devant les tribunaux.

