Pourquoi certaines personnes ont-elles tant de mal à jeter leurs vieux tickets de concert, leurs cartes d’anniversaire ou même des assiettes ébréchées ? Une récente recherche scientifique apporte un éclairage inédit sur ce comportement largement répandu, souvent jugé à tort comme un simple désordre.
Une mémoire du quotidien hors du commun
Des scientifiques de l’University of Miami et du Smith College ont mené une investigation approfondie en décembre 2025 pour comprendre les mécanismes de l’accumulation d’objets. L’enquête a porté sur 443 participants volontaires.
Les conclusions dévoilent un lien étonnant : les personnes qui conservent de nombreux objets possèdent généralement une mémoire exceptionnelle des événements quotidiens de leur vie. Cette capacité cognitive particulière s’accompagne d’un attachement profond aux objets concrets.
Des coquillages aux tickets : une collection de souvenirs proustiens
La liste des objets couramment accumulés est étonnamment diverse. Elle comprend des coquillages ramassés lors de vacances, des tee-shirts portés lors d’occasions spéciales, des livres jamais relus, ou encore des papiers cadeau soigneusement pliés.
Les tickets en tout genre, les cartes d’anniversaire reçues il y a des années, les jouets d’enfance et même les assiettes ébréchées trouvent leur place dans ces collections personnelles. Cette tendance à conserver s’apparente aux fameux souvenirs proustiens.
Privilégier les objets du quotidien plutôt que les biens de valeur
L’étude scientifique révèle une caractéristique surprenante : les accumulateurs ne recherchent pas particulièrement les objets rares ou coûteux. Au contraire, ils privilégient les objets du quotidien, apparemment anodins.
Chaque élément conservé constitue un ancrage tangible dans leur histoire personnelle, une trace matérielle d’un moment vécu ou d’une émotion ressentie.
Quand l’accumulation devient pathologique
Il existe toutefois une frontière entre la simple tendance à conserver et un trouble reconnu médicalement. La syllogomanie, également appelée thésaurisation pathologique, constitue un diagnostic à part entière.
Les critères diagnostiques précis
Selon les sources médicales comme Behavioural and Cognitive Psychotherapy et le Manuel MSD, trois critères définissent ce trouble. Une accumulation excessive d’objets, une difficulté majeure à s’en séparer, et un dysfonctionnement significatif ou une souffrance liée à ce comportement.
Cette pathologie touche entre 1,5 % et 6 % de la population. Elle se manifeste généralement dès l’adolescence et peut s’aggraver avec le temps.
Distinguer attachement et pathologie
La différence fondamentale réside dans l’impact sur la vie quotidienne. Conserver quelques souvenirs reste un comportement normal et sain. La syllogomanie, elle, envahit l’espace vital et génère une réelle détresse psychologique.
L’accumulation pathologique entrave les relations sociales, compromet la sécurité du domicile et peut conduire à un isolement progressif de la personne affectée.

